LES COMMISSIONS DE VÉRITÉ ET DE RÉCONCILIATION
Dans les États où des années d’abus des droits de la personne ont divisé la population, le cycle de violence et de vengeance semble sans fin. Pour qu’un pays puisse aller de l’avant avec un esprit communautaire après la fin d’un conflit, il faut une période de guérison collective qui favorise un sentiment de réconciliation et de pardon national. Le but
Les commissions de vérité et de réconciliation sont conçues de manière à produire un compte rendu exact du passé d’une nation pour que ses citoyens puissent bâtir un avenir commun ensemble. Ces commissions abordent le besoin de justice des victimes en reconnaissant publiquement leurs épreuves et en leur offrant un forum pour partager leur douleur. En assignant la responsabilité aux coupables et en leur permettant d’exprimer leur repentir, on rétablit un sentiment de justice et d’ordre dans la société. La Commission de vérité et de réconciliation de la Sierra Leone a été inaugurée par le nouveau président élu, Ahmed Tejan Kabbah, en avril 2003, à la suite de propositions à cet effet faites au gouvernement par des groupes de la société civile en 1999. Le mandat de cette commission était d’enquêter sur les abus des droits de la personne commis pendant la guerre civile brutale qui avait duré 11 ans.
Le processus
Les commissions de vérité et de réconciliation enquêtent sur les abus des droits de la personne au moyen d’entrevues confidentielles avec les victimes, d’audiences publiques de leurs témoignages et de confessions publiques des fautifs. Les membres de la commission, nommés par le gouvernement ou par une organisation internationale telle que les Nations Unies, sont des représentants respectés de la communauté nationale et/ou internationale. La Commission de la Sierra Leone était composée de sept membres présidés par un évêque éminent, le révérend Joseph Humper, Ph.D, et comprenait quatre commissaires nationaux et trois internationaux. La commission a commencé à recueillir des témoignages en octobre 2002 et a tenu des audiences publiques dans les douze districts de la Sierra Leone d’avril à août 2003. Les enquêtes de ces commissions se déroulent souvent à huis clos afin d’aider les victimes à surmonter leur peur de subir des représailles. Au Sierra Leone, la prédominance d’enfants victimes des abus des droits de la personne rendait cette approche particulièrement importante.
Les problèmes
Le mandat des commissions se limite à l’exploration du passé. Elles ne doivent rien soulever concernant les abus commis par le gouvernement courant. De plus, il se peut que les recommandations d’une commission ne soient jamais mises en application si le gouvernement n’a pas la volonté d’entreprendre les réformes nécessaires. Si ces limites mènent à un rapport biaisé ou incomplet, la méfiance créée par le conflit originel continuera d’exister. Encore plus important, bien que la conviction sous-tendant la création de ces commissions veuille qu’en confrontant le passé on aide la réconciliation, elles ne doivent pas promouvoir le concept selon lequel il n’y a qu’une voie vers la réconciliation. Elles ne doivent pas non plus ignorer les méthodes culturelles traditionnelles dont on se servait pour traiter les traumatismes postérieurs à un conflit. Il s’ensuit donc qu’au Sierra Leone, plusieurs communautés qui adoptaient traditionnellement l’approche « pardonne et oublie » ont convenu entre elles de ne pas témoigner devant la commission.
La paix
Malgré les inconvénients éventuels des commissions de vérité et de réconciliation, elles peuvent jouer un rôle vital pour surmonter le legs de brutalité qui caractérise un grand nombre de sociétés à la suite d’un conflit. En créant un sentiment de confiance et de responsabilité dans tout le pays, ces commissions posent les jalons pour la création d’institutions démocratiques stables et une société civile dynamique. Le rapport final soumis par une commission de vérité et de réconciliation à un gouvernement sert d’outil pédagogique au gouvernement, au pays et à la communauté internationale.
En octobre 2004, après deux ans d’enquêtes au cours desquelles 7 000 personnes ont témoigné, le rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation de la Sierra Leone a été publié. Le rapport recommandait que le gouvernement verse des indemnités aux amputés, aux survivants de violence sexuelle, aux veuves et aux enfants qui ont été déplacés et dépossédés pendant la guerre. Selon ce rapport, en accordant un appui à ces survivants dans les domaines « de la santé, du logement, des pensions, de l’éducation, de l’acquisition de nouvelles compétences et du micro-crédit, des réparations de dommages communautaires et symboliques », on aiderait à rétablir leur dignité.
Le rapport comprend une version adaptée aux enfants afin de rejoindre les principales victimes du conflit. Les enfants ont participé aux enquêtes de la Commission, non pas seulement comme témoins, mais en tant que chercheurs, rédacteurs et éditeurs. Les enfants qui ont participé au processus de vérité et de réconciliation ont parlé du soulagement et de la fierté que cette participation leur a fait ressentir. Il est essentiel au rétablissement de la paix aux niveaux individuel, communautaire et national que la population soit éduquée au sujet de son passé, et prête à aller de l’avant en s’engageant envers la réconciliation et la paix.
Les projets de War Child qui font une différence
Pour en apprendre davantage sur ce que War Child Canada accomplit en Sierra Leone, visite notre site Web à http://getloud.ca/fr/gpi_project.asp
Liens pour en savoir plus
1. Rapport de l’ACDI : « Commissions de vérité et de réconciliation : Consolidation de la paix. »
http://www.acdi-cida.gc.ca/INET/IMAGES.NSF/vLUImages/Peacebuilding4/$file/C-Truth-FR.pdf
2. Le Monde Diplomatique : « Sierra Leone : de la justice à la réconciliation », octobre 2005. Article de Michel Arseneault sur le rapport de la Commission de vérité et de réconciliation de la Sierra Leone :
http://www.monde-diplomatique.fr/2005/10/ARSENEAULT/12826
3. Agence de presse IRIN : SIERRA LEONE: La société civile critique le programme de réformes d'après-guerre du gouvernement :
http://www.irinnews.org/Frenchreport.asp?ReportID=6164&SelectRegion=Afrique_de_l_ouest
4. Conseil économique et social des Nations Unies : Communiqué de presse sur une « réunion solennelle » pour marquer la publication du rapport final de la Commission vérité et réconciliation en Sierra Leone :
http://www.un.org/News/fr-press/docs/2004/ECOSOC6140.doc.htm
5. National Forum for Human Rights and The International Centre for Transitional Justice: “Sierra Leone’s Truth and Reconciliation Commission and Special Court.”
http://www.ictj.org/downloads/Handbook.pdf (en anglais)
6. Relief Web: “Rethinking Truth and Reconciliation Commissions - Lessons from Sierra Leone.”
http://www.reliefweb.int/rw/RWB.NSF/db900SID/HMYT-6ADSRA?OpenDocument (en anglais)
7. Sierra Leone Truth and Reconciliation Commission Final Report
http://www.usip.org/library/tc/tc_regions/tc_sl.html#rep (en anglais)


