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L’HÉRITAGE COLONIAL DE LA RDC
En quoi consiste le conflit dans la RDC?

Il y a eu pas moins de 28 guerres en Afrique du sud du Sahara depuis 1980. Il en résulte qu’un grand nombre de régions du continent africain en général, et de la République démocratique du Congo (RDC) en particulier, ont été assujetties à une violence extrême, à la dégradation de leur environnement et à l’effondrement pour ainsi dire de leurs économies officielles à cause d’un conflit violent. Puisque la majorité des conflits africains ne sont pas intégralement rapportés par les médias occidentaux, leurs causes profondes et leurs ramifications mondiales sont souvent passées sous silence ou mal comprises.

Pour vraiment comprendre la situation actuelle dans la RDC il faut examiner les causes du conflit et son contexte historique. Contrairement à la croyance populaire, le conflit entourant les ressources naturelles de la RDC n’est pas un phénomène nouveau surgissant vers la fin des années 1990. Au contraire, la situation présente est la prolongation d’une évolution historique de l’exploitation établie sous Léopold II et le gouvernement colonial belge vers la fin des années 1800 qui s’est poursuivie depuis l’indépendance par le biais du contrôle des ressources et de la politique par des entités étrangères. L’évolution de l’exploitation des ressources naturelles par quelques élites au détriment de la grande majorité des Congolais a commencé dès le début de l’ère coloniale et s’est poursuivie tout au long du siècle dernier.


Le roi Léopold et le gouvernement colonial belge

En 1879, le roi Léopold II a commencé la colonisation de ce qu’il a appelé l’État libre du Congo afin de contrôler les routes commerciales stratégiques de l’Afrique occidentale et centrale le long du fleuve Congo. Bien que le roi lui-même n’ait jamais foulé le sol du Congo, il a confié à l’ancien journaliste Henry Horton Stanley la responsabilité d’accomplir ses désirs, ce que Stanley a fait en réduisant les Congolais à l’esclavage et au travail forcé, en déclenchant le transfert des propriétés foncières à l’Association Internationale du Congo du roi et en instituant des lois limitant l’accès de la population autochtone à des terres. Les lois régissant les terres visaient à s’assurer que seule la classe dirigeante d’élites et ses associés puissent avoir accès aux réserves naturelles d’ivoire, de caoutchouc et d’huile de palme du Congo et que les profits découlant de l’exportation de ces ressources restent entre leurs mains.

À partir des années 1880, le Congo a été gouverné plus comme une entreprise que comme un État. Les relations politiques et communautaires au Congo sont fondées sur le capitalisme colonialiste puisque le contrôle des provinces est centralisé et que des ententes sont conclues avec des sociétés minières étrangères qui reçoivent plein pouvoir pour exploiter tous les produits de la forêt du Congo, de même que le droit d’établir une force policière et de détenir « physiquement » les personnes vivant à l’intérieur de ces concessions. En échange, les sociétés étrangères doivent partager leurs profits avec l’État composé d’élites belges qui traitent ces profits comme leur fortune personnelle plutôt que de les utiliser pour développer le Congo. La vaste majorité des produits du Congo est exportée vers la Belgique ou l’Amérique.


Conséquences du contrôle de la RDC et de sa société par des entreprises

Bien que le roi Léopold II ait vendu le Congo à la Belgique en 1907, les sociétés étrangères ont conservé le monopole des ressources du pays. Puisque les Congolais n’avaient aucun accès à cette richesse, une économie informelle élaborée s’est donc développée. Un grand nombre de personnes se sont enfuies vers d’autres pays après 1907 afin d’échapper au travail forcé, et un système de commerce clandestin des biens de consommation a surgi alors le long des routes de commerce précoloniales. Ce fut le début de ce qui deviendra une économie informelle complexe et étendue. Il faut noter qu’avant la colonisation le Congo possédait des économies et des réseaux prospères fondés sur l’agriculture et le commerce à grande distance.

Les sociétés africaines ont également été transformées par le pillage des ressources du Congo. Pendant le règne colonial, la Belgique a manipulé l’économie politique et les relations sociales préexistantes dans le but d’optimiser leur productivité et leurs profits. La Belgique a réussi à influencer et à contrôler les leaders traditionnels des tribus afin que ceux-ci leur donnent accès à l’immense force ouvrière requise pour l’extraction des ressources et la construction de routes commerciales. En échange, ces leaders sont devenus des agents administratifs du régime colonial, avec les conséquences sur les structures sociétales du Congo qui en ont découlées, puisqu’elles étaient dorénavant façonnées par les élites politiques.


Indépendance : la lutte pour le contrôle continue

Au cours des années 1950, un mouvement d’indépendance a gagné du terrain partout au Congo et, après 75 ans de gouvernement colonial, les Belges ont accordé l’indépendance au Congo le 30 juin 1960. Quand les Belges ont quitté le pays, ils y ont laissé une infrastructure qui n’était pas viable puisqu’il n’y avait pour ainsi dire aucun Congolais ayant la formation voulue pour occuper les postes vacants dans les ministères du gouvernement. Au cours de leurs 75 ans au pouvoir, les Belges ont produit moins de 30 diplômés congolais. De plus, le pays n’avait aucun officier militaire, ingénieur, agronome ou médecin congolais. Le nouveau Premier Ministre Patrice Lumumba, qui en tant que leader nationaliste voulait rendre au peuple congolais ses richesses naturelles et sa prospérité, a donc eu de la difficulté à gouverner. En plus de devoir relever les défis présentés par la faiblesse de l’infrastructure politique, il a dû faire face aux défis des politiques de la guerre froide.

Plutôt que de venir en aide au Congo nouvellement indépendant, la Belgique et les États-Unis sont intervenus secrètement dans le façonnement des nouvelles structures politiques afin de s’assurer que leurs entreprises conserveraient leur monopole sur les ressources congolaises. Ces pays étrangers ont aidé à financer des mouvements sécessionnistes dans les régions riches en ressources du Katanga et du Sud-Kasai. Ces ingérences ont grandement contribué à l’incapacité de Lumumba de transformer le Congo en un État indépendant stable et ont mené à sa destitution comme premier ministre par le Président congolais Kasavabu en 1960 et ensuite par Moise Tshobe, le leader du mouvement sécessionniste katangais. Lumumba a été assassiné par des agents de la CIA et des mercenaires belges en 1961.


Les politiques de la dictature et de la guerre froide soulèvent des défis d’une grande portée dans la RDC

En 1965, Mobuto Sese Seko a pris le pouvoir grâce à un coup militaire appuyé par les États-Unis et la Belgique. Mobutu a changé le nom du pays pour celui de Zaïre et a imposé un contrôle politique absolu au Congo en réprimant l’opposition politique et en contrôlant l’accès aux richesses naturelles du pays. On a décrit son régime comme étant brutal, corrompu, mal administré économiquement, avec une absence effrayante d’investissement dans les services publics.

En 1966, Mobuto a changé les lois du Zaïre de manière à ce que l’État puisse posséder tous les droits miniers et a imposé ces lois par le contrôle militaire des terres riches en ressources et des routes commerciales. De plus, Mobuto a encouragé la concurrence entre les entrepreneurs et les chefs militaires en leur permettant de conserver leur propre territoire et de développer leurs propres possibilités commerciales découlant de l’extraction et du commerce de diamants, d’or, de café, de coltan, de bois d'oeuvre et d’armes. Vu ce contrôle militaire et l’incroyable manque d’investissement de Mobuto dans les services publics et dans l’infrastructure des transports, des réseaux nationaux et régionaux de contrebande ont pris de l’essor.

Les États-Unis ont justifié leur politique envers Mobuto en prétextant qu’elle faisait partie de sa lutte contre le « communisme » et contre l’influence soviétique en Afrique. Puisque le Congo est situé au centre du continent africain, il fournit aux États-Unis l’accès à d’importantes ressources et voies de transport. Pendant son règne, les États-Unis ont fourni à Mobuto plus de 300 millions de dollars en armes et 100 millions de dollars en formation militaire. Étant donné la fin de la guerre froide et les pressions grandissantes sur les États-Unis de faire respecter les droits de la personne dans le monde, les États-Unis ont cessé d’appuyer ouvertement Mobuto. Après trois décennies de contrôle dictatorial, le régime de Mobuto a été renversé par les forces de Laurent Kabila en 1997, avec l’appui du Rwanda, de l’Uganda, de l’Angola, du Burundi et de l’Érythrée et l’appui militaire offert par l’administration américaine du Président Clinton.


Établissement des liens : impact du passé sur le présent

Ce bref examen de l’histoire coloniale du Congo et de la prolongation de son héritage démontrent que la présente situation dans la RDC n’est pas sortie du néant; elle est plutôt ancrée dans plus d’un siècle de contrôle et de domination exercés par les élites sur les ressources naturelles et les richesses du pays. Les citoyens de la RDC ont récolté très peu ou pas de bénéfices des richesses de leur pays depuis le début du régime colonial belge. Ils ont plutôt enduré une longue histoire d’administrations politiques abusives, de monopoles des grandes sociétés, d’autorités militaires et de groupes politiques armés qui ont exploité la région et commis des violations des droits de la personne sans jamais être punis.


Liens pour en savoir plus

Rapport du Human Rights Watch sur la RDC
http://www.hrw.org/french/reports/wr2k2/congo.html

Arms Trade Resource Centre: U.S. Arms to Africa and the Congo War 
http://www.worldpolicy.org/projects/arms/reports/congo.htm

Amnistie internationale : La crise des droits humains est étroitement liée aux luttes pour le pouvoir : 
http://web.amnesty.org/library/Index/FRAAFR220041999?open&of=FRA-COG

Amnistie internationale : Une ancienne génération de dirigeants responsables de nouveaux carnages :
http://web.amnesty.org/library/Index/FRAAFR220011999?open&of=FRA-COG

Radio-Canada :
Le Congo éternellement convoité (journalistes : Jean-Michel Leprince et Pierre Devroede) :
http://www.radio-canada.ca/url.asp?/actualite/zonelibre/02-11/congo.asp

Si riche et si pauvre… (journaliste : Sylvain Desjardins)
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/actualite/congo/
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